L’Afrique de l'Ouest et le spectre d'une troisième candidature : promenade dans la caverne des démocraties monarchiques.

Saisie par la fièvre d'une troisième candidature, l'Afrique de l'ouest n'est pas loin d'encaisser les bourrasques qui, comme une secousse tellurique, réveilleront le volcan endormi des frustrations accumulées. L'axe qui cristallise toutes les énergies et alimente l'analyse des géopoliticiens et autres observateurs est visiblement piloté par le trio " Ouatara- Kor Marème- Condé". Tous les trois, manifestement ou tacitement, ont signalé la direction à prendre, à moins que l’évolution de la conjoncture ne les amène à reprendre leurs esprits. Ouatara déchire ostentatoirement le serment qu'il a prêté (allusion faite à sa récente déclaration de candidature), Kor Marème, adepte des déclarations à géométrie variable, obéit finalement à une cynique grammaire du " ni oui ni non". Condé dont le pays est une véritable poudrière qui s'embrasera encore sous l'effet d'une seule braise est "investi" par son parti. Choix que l’intéressé, en bon gourou, vétéran invétéré des périlleuses luttes démocratiques, n'avalise pas de facto, mais tout porte à croire qu'il l'accepte diplomatiquement. Trois héros raciniens aux aventures plus qu'incertaines, ouvrant des interstices sur le boulevard pourtant hermétique de la sédition. Trois larrons démocratiques aux vices rédhibitoires presque identiques. Dieu règle bien la destinée !  Ouatara- Kor Marème, préfets ou gouverneurs selon le lexique qui convient à certains, factotums de la France, développent une forme sévère du syndrome de Stockholm (sorte d'empathie ou de contagion émotionnelle vis-à- vis des geôliers avec qui on longtemps vécu). Condé est prompt à entonner le chant des sirènes du complot néocolonial dès lors que ses intérêts vacillent. Tous les trois ont une conception manichéiste de la politique, car tous imaginent qu'ils représentent le bien face à l'axe du mal (l’opposition politique) et que leur départ du pouvoir occasionnera le déluge. Tous, ou certains ne l'ont pas clairement affirmé, mais le factuel vaut plus que n'importe quelle déclaration officielle. En fait, la vie internationale, dans la perspective de la mondialisation, pernicieuse ou prometteuse, selon qu'on est pour ou contre, n'a plus les prérogatives des monastères où le bréviaire de chaque moine fait office d'une législation péremptoire. Elle décrète maintenant la fin des enclavements et des ignorances réciproques, tout le monde dépend de tout le monde, même en sentiments. Donc un terrain propice à toutes les contagions subversives si un de ces présidents venait à mettre le feu aux poudres (ce qui a déjà commencé en Guinée avant qu'une accalmie ne soit observée). L’Afrique répond certes au rendez-vous de l'histoire universelle, mais peine à se départir des démons qui l'ont toujours handicapée. Aux coups d'Etat militaires, pathologies grégaires de l'Afrique jusqu'à une date récente, s'ajoutent les coups d'État constitutionnels qui sont des formes préjudiciables de l'assassinat démocratique. Et sous le couvert d'un refrain circonstanciel " force restera à la loi", ces pourvoyeurs constitutionnels ont recours à une force létale blessant et tuant des manifestants qui ne cherchent qu’à sanctifier leurs acquis démocratiques. Un " spectre de l'inquisition" selon l'expression d' Alioum Fantouré, que  ne peut justifier ni une loi constitutionnelle ni  un référent moral, mais qui repose foncièrement sur une perception égocentrique et  paternaliste du pouvoir. Bref, nettoyer toutes ces écuries d’Augias qui salissent davantage plus qu'elles ne  blanchissent le voile déjà maculé des démocraties africaines est plus qu'une urgence.

M. Elimane Ngom, Professeur de Lettres au lycée El'hadj Mamadou de Foundiougne et membre de la cellule de communication de la plateforme ADK

 

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